ZIMBABWE
Tsitsi a seize ans. Elle est née de parents ouvriers agricoles sur une ferme appartenant à la famille Buckle. En 2000, la ferme des Buckle est brutalement saisie par des partisans du ZANU PF et ses parents expulsés.
En 2003, elle repart vivre dans un village où son oncle et sa tante viennent de mourir du sida. Elle quitte son village en 2005 pour vivre dans la banlieue de Harare. Quelques mois plus tard, les bulldozers de Mugabe rasent toutes les maisons de cette banlieue, dans l’opération baptisée Murambats- vina dont la raison officielle est de lutter conte l’insalubrité mais le but réel est de détruire une agglomération favorable à l’opposition.
Essayant quand même de continuer son cursus scolaire, Tsitsi retrouve alors Cathy Buckle, l’épouse de l’ancien employeur de ses parents. Cathy la prend en main. Hélas pour Tsitsi, les écoles étant soit détruites soit sans professeurs, elle ne passera que trente- deux jours sur les bancs des écoles en 2008. Avec l’aide de Cathy Buckle, Tsitsi réussit néanmoins à passer ses O- levels cette année… Pour une Tsitsi sortie de l’orniére, combien y a- t- il de jeunes qui n’ont aucun espoir de voir se concrétiser le moindre rêve scolaire ? Dans quelques années, l’analphabétisme aidant, nous aurons probablement un deuxiéme Sierra Leone avec son cortége d’enfants soldats n’attendant plus rien de la vie… Le Zimbabwe tombe progressivement dans l’oubli alors que ce pays a atteint en 2009 le summum de l’une des pires dictatures du continent africain. L’ex- Rhodésie est aujourd’hui le symbole même des contradictions de la communauté africaine qui, pour se débarrasser de sa mauvaise conscience, a béni dans un silence gêné, la création d’un gouvernement d’unité nationale terrorisé par le président Mugabe.
Tout le monde se tait pudiquement aujourd’hui en partie parce que les premiéres victimes de la violence mugabéene étaient blanches et que cette brute épaisse expliquait à la communauté internationale qu’il s’agissait de mettre fin aux derniers vestiges de la présence coloniale dans ce pays, « présence coloniale qui soit dit en passant nourrissait grâce à son efficacité agricole le pays tout entier et ses voisins » . Les crimes commis semblaient donc moins graves aux yeux des observateurs qui lui ont donné le bénéfice d’un doute… trés douteux. Les dirigeants mauriciens ont participé à ce silence assourdissant et complice. Tout dans ce pays continue de se dégrader à une vitesse vertigineuse si tant est que les limites de ce qu’on peut atteindre en matiére de corruption, d’inefficacité, de passe- droits, de spoliation, de misére et de violence, est au fil des années repoussé toujours un peu plus loin. On n’a jamais fini de toucher le fond dans ce pays… Aucune production sauf la violence Le plus inquiétant dans tout ce drame c’est que cela ne procéde pas d’un sombre et lointain conflit d’une Afrique oubliée au fin fond du continent mais dans un pays qui, malgré les imperfections de son développement était en passe de devenir malgré tout un modéle de développement agricole et industriel dans une Afrique plus que jamais en proie à ses vieux démons tribaux. Dirigeant l’orchestre de la cacophonie sur l’air de la libération de l’Afrique de l’héritage colonial, Robert Mugabe a confisqué le pouvoir au profit des séides du régime en usant de la violence comme langage quotidien.
Nos compatriotes fermiers ont perdu dans ce pays le travail de toute une vie. Certains vivent précairement à Harare alors que d’autres sont revenus s’installer à Maurice. Sur les fermes qu’ils ont quittées, on ne produit plus rien sauf la violence contre les ouvriers agricoles restés fidéles à leurs anciens employeurs.
Deux ou trois fois par mois les nouveaux propriétaires qui habitent Harare parce que la vie fermiére est trop dure, viennent en limousine avec chauffeur voir si tout se passe bien… Jusqu’ici à chaque fois que des Mauriciens de par le monde ont été l’objet de menaces ou de dangers, les autorités mauriciennes sont intervenues en leur faveur. Dans le cas des fermiers mauriciens au Zimbabwe, silence total ! Et pourtant ceux- ci sont traînés en cour réguliérement pour leur enlever le peu qui leur reste. Plusieurs ont été battus sans que les autorités mauriciennes lévent le petit doigt en leur faveur. La communauté mauricienne du Zimbabwe a pourtant fait les représentations adéquates au ministére des Affaires étrangéres à Port- Louis et à son Haut commissaire à Pretoria. Rien n’y a fait.
On a vraiment le sentiment que le silence des autorités mauriciennes est à la mesure de la honte ( si honte il y a) de la SADC qui a entériné ce gouvernement d’unité nationale dansquel Morgan Tsangvirai et ses amis du MDC ont avalé tant de couleuvres qu’ils sont aujourd’hui capables de créer une réserve de reptiles.
Lorsqu’il quitte son palais de marbre et de cristal pour se rendre au Conseil des Ministres qu’il préside, Mugabe est réguliérement accueilli par les ministres ZANU/ PF qui se prosternent devant lui avant de lui adresser la parole. C’est le cas notamment des deux senior ministers Patrick Chinamasa et John N’Komo.
Choqués par de tels actes, les ministres du MDC ont communiqué ces faits à la presse.
Pendant ce tempslà, dans la rue, la répression violente continue. Derniére victime en date, un prêtre catholique, le pére Thamm, 68 ans, qui a passé toute sa vie au Zimbabwe. Connu et respecté dans la petite ville de Banket, le pére Thamm a été arrêté alors qu’il passait en voiture devant un bâtiment gouvernemental.
Extrait de sa voiture, il a été battu pendant de longues minutes au corps et à la figure puis jeté dans le caisson de son véhicule et recouvert de boue. Le lendemain matin, le gouvernement zimbabwéen recevait une protestation en bonne et due forme du gouvernement allemand ; le pére Thamm étant Allemand de naissance. Heureusement pour lui, il n’était pas Mauricien.
Ainsi va la vie dans ce pays jadis béni des dieux et aujourd’hui en proie aux forces démoniaques cautionnées par la SADC dont Maurice fait partie…
Jean Pierre LENOIR
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